Dans le cadre des négociations climatiques internationales, le Programme de travail sur la transition juste (JTWP) a été établi pour orienter la manière dont les pays peuvent progresser vers des transitions énergétiques socialement justes. Son objectif est de définir des principes, des approches et des outils afin de garantir que l’abandon des combustibles fossiles ne renforce pas les inégalités existantes. Dans ce processus, la création d’un mécanisme de transition juste (JTM) est en discussion — un instrument susceptible de canaliser des financements, un appui technique et des dispositifs de gouvernance pour sa mise en œuvre.
Mais ce qui est en jeu ne se limite pas à la conception d’un mécanisme technique. C’est aussi le sens même de ce que constitue une transition juste — et qui a le pouvoir de la définir — qui est contesté.
S’attaquer aux causes structurelles de la crise climatique
Une transition juste ne peut se réduire à un simple changement de sources d’énergie. Elle implique de remettre en question les racines de la crise : un modèle économique fondé sur les combustibles fossiles, une extraction sans limites et des inégalités structurelles qui continuent de violer les droits humains, en particulier dans le Sud global.
La crise climatique n’est pas un accident. Elle est le résultat d’un système qui concentre richesse et pouvoir tout en dépossédant les communautés de leurs territoires, de leur travail et de leurs moyens de subsistance.
C’est pourquoi une transition véritablement juste doit redistribuer le pouvoir, garantir que les principaux responsables de la crise en assument le poids, et placer la prise de décision entre les mains des communautés qui ont résisté et proposé des alternatives.
Cela implique de reconnaître comme acteurs centraux les travailleurs et travailleuses, les petits producteurs, les peuples autochtones, les femmes, les jeunes et d’autres groupes historiquement marginalisés.
Les droits humains au cœur de l’action climatique
Ce document de contributions affirme que tout mécanisme de transition juste doit être ancré dans le droit international des droits humains et dans des principes clés tels que :
- Les responsabilités communes mais différenciées et le principe du pollueur-payeur
- L’équité intergénérationnelle et l’intégrité écologique
- La non-régression et la réalisation progressive des droits
Il appelle également à une sortie rapide et équitable des combustibles fossiles, en priorisant des solutions portées par les communautés et en garantissant le droit au développement des pays du Sud global.
Les inégalités qui façonnent les transitions
L’action climatique ne se déroule pas dans le vide. Dans de nombreux pays, elle s’inscrit dans un contexte de crises multiples : pauvreté, insécurité alimentaire, endettement, militarisation et profondes inégalités historiques renforcées par le système économique mondial.
Pour être efficace, un mécanisme de transition juste doit répondre à ces réalités :
- Promouvoir des transformations dans des secteurs clés tels que l’énergie, l’agriculture, les transports et les mines
- Garantir les droits du travail et la protection sociale
- Reconnaître et redistribuer le travail de care non rémunéré ou sous-rémunéré, assuré en grande partie par les femmes
- Garantir un accès équitable à la terre, aux territoires et aux ressources naturelles, notamment à travers l’agroécologie et des politiques redistributives
Il doit également s’attaquer aux règles commerciales injustes et empêcher que la transition énergétique serve de prétexte à l’expansion de l’extractivisme, notamment dans l’exploitation des minerais critiques.
Une participation réelle, pas symbolique
Une transition juste ne peut exister que si elle est démocratique. Cela signifie garantir un pouvoir de décision réel aux communautés en première ligne, et non de simples espaces de consultation symbolique.
Cela implique :
- Une participation effective dans les espaces de gouvernance
- Le respect de l’autodétermination et du consentement libre, préalable et éclairé
- Des financements suffisants et sans condition pour garantir la participation
- Des garde-fous clairs contre la captation par les intérêts corporatifs
Il est également essentiel de garantir des mécanismes de redevabilité. Les communautés doivent pouvoir dénoncer les abus et accéder à des réparations effectives.
Financer la justice, pas les inégalités
Cette contribution exige un financement public suffisant, prévisible et non conditionnel, dans le cadre des obligations du Nord global face à la dette climatique et aux dommages historiques.
Les priorités incluent :
- Des engagements de financement public à long terme
- La suppression des subventions aux combustibles fossiles et aux dépenses militaires
- L’investissement dans la reconversion professionnelle, les services publics et les moyens de subsistance
- Le soutien aux solutions portées par les communautés, telles que l’agroécologie
Ces financements doivent être nouveaux, additionnels et directement accessibles aux communautés. Ils doivent également s’attaquer à des obstacles structurels tels que la dette insoutenable et les régimes de propriété intellectuelle qui limitent l’accès aux technologies.
Lignes rouges : ce qui ne peut être permis
Le mécanisme de transition juste ne doit pas :
- Masquer l’extractivisme derrière de fausses solutions comme les marchés carbone ou les mégaprojets énergétiques
- Retarder ou affaiblir la sortie des combustibles fossiles
- Imposer des conditions qui limitent la marge de manœuvre des pays du Sud global
- Légitimer la militarisation ou la répression des communautés
- Permettre des déplacements forcés, l’effacement culturel ou l’impunité des entreprises
- Renforcer la dette et le contrôle des entreprises sur la gouvernance climatique
Vers une transition fondée sur le pouvoir collectif
Cette contribution réaffirme la dimension politique de la transition juste. Il ne s’agit pas d’un ajustement technique, mais d’un processus visant à démanteler les systèmes d’exploitation et à construire des alternatives démocratiques, fondées sur les droits et portées par les communautés.
Si le mécanisme de transition juste ne répond pas à ces exigences, il risque d’aggraver les injustices qu’il prétend résoudre. Mais s’il est fondé sur les droits humains, l’équité et le pouvoir collectif, il peut devenir un véritable levier pour faire face à la crise climatique et impulser des transformations systémiques.


