Importance de l'affaire
Cette décision revêt une importance particulière car il s’agit des premières poursuites internationales centrées exclusivement sur le crime de guerre consistant en la destruction du patrimoine culturel. La décision a été célébrée comme étant un pas important pour ce qui est de mettre fin à l’impunité de la destruction du patrimoine culturel, une pratique dont la fréquence a augmenté et qui est souvent une stratégie délibérée visant à promouvoir la persécution et l’épuration culturelle. La procureure de la CPI Fatou Bensouda a dit que les accusations portées dans cette affaire « … concernent la destruction de monuments historiques irremplaçables et… d’attaques sérieuses contre la dignité et l’identité de populations entières, contre leurs racines religieuses et historiques. Ce qui est en jeu, ce ne sont pas seulement des murs et des pierres. »
Du point de vue des droits humains, l’affaire est particulièrement importante compte tenu que la destruction intentionnelle du patrimoine culturel est à la fois un crime de guerre et une violation de droits humains, notamment de droits culturels. Les poursuites pénales constituent un moyen d'amener les auteurs de violations de cet ordre à répondre de leurs actes. Le Secrétaire général des Nations Unis Ban Ki-moon a traité récemment de diverses attaques visant le patrimoine culturel et signalé que la protection de trésors culturels s’inscrit dans le cadre de « … nos efforts visant à défendre les droits humains et sauver des vies humaines. » Il a salué le procès de la CPI, qui a permis de mettre fin à l’impunité. De plus, la Rapporteuse spéciale des Nations Unies dans le domaine des droits culturels a salué la décision de la CPI dans son rapport présenté en août 2016 à l’Assemblée générale des Nations Unies (para. 54). Dans ce rapport, la Rapporteuse spéciale traite des liens entre les droits humains et la destruction ciblée du patrimoine culturel.
Tout en saluant la décision, certains membres de la société civile ont aussi critiqué le fait que la CPI n’avait pas engagé de poursuites pour d’autres crimes graves qui ont été commis au Mali pendant le conflit de 2012, notamment des cas de meurtre, de viol et de torture. La procureure de la cour a affirmé que son bureau poursuivait son enquête sur d’autres crimes et que ce n’était que leur première affaire au Mali. D’aucuns espèrent que, compte tenu de la dévastation récente et ciblée de patrimoine culturel en temps de conflit, par exemple, en Syrie, en Iraq et en Afghanistan, cette décision fera clairement comprendre aux groupes armés que la démolition d’artefacts de grande valeur culturelle ne restera pas impunie.