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Mardi, Janvier 27, 2015
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Nature de l'affaire

Cette affaire est une évaluation de suivi de la décision Auto 092 de 2008 adoptée par la Cour dans le cadre des procédures spéciales, aux termes de laquelle celle-ci avait établi la violation systématique des droits des femmes déplacées dans le cadre du conflit armé. La Cour avait ensuite ordonné l’adoption de mesures spécifiques visant à faire progresser la protection des droits fondamentaux des femmes. Ce suivi avait pour objectif d’évaluer la mise en œuvre de l’arrêt T-025, notamment concernant les mesures décidées par la Cour dans le cadre de la décision Auto 092 de 2008. Dans cette décision de suivi, prononcée sept ans après sa décision initiale, la Cour a conclu que les mesures prescrites dans la décision Auto 092 n’avaient toujours pas été mises en œuvre et que les droits fondamentaux des femmes continuaient d’être violés de manière grave et systémique.

Application de la décision et résultats

Le 18 décembre 2017, la Cour a émis une nouvelle ordonnance de suivi, la décision Auto 737(link is external), axée sur les problématiques liés aux femmes déplacées, abordées dans les décisions Autos 092, 098 et 009, qui persistent dans le contexte post-conflit en Colombie. La Cour a considéré comme « faible » la suite donnée par les autorités nationales à la décision Auto 009, constatant qu’il n’existait aucune information convaincante ni donnée probante indiquant qu’un plan d’action sur la protection des témoins était en cours d’élaboration en faveur de victimes de violences sexuelles, ainsi que la mise en place de programmes de formation destinés au personnel du système judiciaire et du ministère public en matière de discrimination fondée sur le genre. Bien que la Cour ait constaté que l’Unité administrative spéciale pour la prise en charge et la réparation intégrale des victimes du conflit armé et le Centre national de la mémoire historique s’étaient acquittés de leurs obligations de manière intégrale et partielle à l’égard des projets de réparation symboliques et de la centralisation des données, cela n’était pas suffisant. En conséquence, la Cour a défini des mesures supplémentaires, à mettre en œuvre dans un délai de deux à six mois, en vue de fournir des informations complémentaires sur : le nombre de femmes inscrites au Registre unique des personnes déplacées, l’état des poursuites visant les auteurs de violences sexuelles, l’état des affaires disciplinaires visant les auteurs au sein des forces armées, ainsi que des informations sur la manière dont les autorités envisagent d’intégrer de manière correcte les présomptions prescrites par la Constitution et de mettre en œuvre des programmes de formation destinés au personnel judiciaire, aux forces armées et au personnel du ministère public.

Importance de l'affaire

Cette affaire a permis de mettre en évidence la nature structurelle de la discrimination fondée sur le genre en Colombie, en montrant la manière dont elle se manifeste y compris au sein d’institutions créées pour aider les femmes, par exemple le traitement dégradant réservé par le Bureau du procureur aux femmes qui cherchent à porter plainte contre leurs agresseurs. Elle a également souligné l’utilisation systémique de la violence sexuelle comme mécanisme de contrôle et de coercition à l’égard des femmes, de leurs familles et de leurs communautés. De même, elle a donné une dimension intersectionnelle importante à la question des femmes déplacées – en mettant l’accent sur l’incidence disproportionnée dont font l’objet les femmes autochtones et afro-colombiennes – ainsi qu’au sujet de la discrimination à l’égard de personnes LGBTQI au sein de la population des femmes déplacées.