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Mardi, Septembre 4, 2018
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Nature de l'affaire

Le Comité des droits économiques, sociaux et culturels des Nations Unies (CDESC) a conclu que l’Equateur avait porté atteinte au droit de Marcia Cecilia Trujillo Calero à la sécurité sociale, à la non-discrimination et à l’égalité entre les genres au titre du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels en négligeant de lui fournir en temps utile des informations suffisantes sur l’admissibilité au régime de retraite et en lui refusant sa pension en se fondant sur des motifs excessifs et discriminatoires.

Application de la décision et résultats

L’Équateur doit présenter au Comité dans un délai de six mois à compter de la notification de la décision une réponse contenant des informations concernant les mesures qui ont été prises à partir des recommandations du Comité. L’Équateur doit également publier les observations du Comité et les diffuser auprès du public.  Le Comité, pour sa part, mènera sa procédure de Suivi des observations.

Importance de l'affaire

Cette décision est la première décision rendue par un organe de suivi des traités des Nations Unies concernant le lien entre le travail de soins non rémunéré et l’accès genré à la sécurité sociale.  Ce faisant, le Comité a mis en avant une forte articulation du droit à la sécurité sociale et à l'égalité de fait entre les hommes et les femmes sur une question d'intérêt mondial.  Selon l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), « [p]artout dans le monde, les femmes consacrent de deux à dix fois plus de temps que les hommes au travail de soins non rémunéré ». Cette charge disproportionnée de travail de soins non rémunéré portée par les femmes entraîne un écart de pension entre les hommes et les femmes dans le monde entier.  Selon une étude de l’OIT réalisée en 2016 à partir de données provenant de 107 pays, « [p]rès de 65 pour cent des personnes ayant dépassé l’âge de la retraite sans toucher régulièrement de pension sont des femmes ». L’Organisation internationale du travail (OIT) a constaté que « la façon dont les inégalités sur le marché du travail et dans l’emploi se répercutent sur la protection sociale dépend pour beaucoup de l’existence de mécanismes de compensation des inégalités entre hommes et femmes dans l’emploi, par exemple la reconnaissance par les régimes de retraite des périodes passées à élever des enfants ou à s’occuper des personnes âgées ».

La décision du Comité offre également un exemple paradigmatique de la manière dont une analyse intersectionnelle peut justifier un examen plus approfondi des sources potentielles de discrimination.  En appliquant une telle approche, le Comité s’est assuré de rechercher des disparités tant dans les intentions que dans les résultats, ainsi que des manifestations directes et indirectes de la discrimination.  Il en résulte une décision des Nations Unies qui qualifie une règlementation de soi-disant « neutre » en raison des préjudices discriminatoires qu'elle porte aux droits des femmes qui se consacrent au travail de soins non rémunérés. La décision représente ainsi une remise en cause des conceptions traditionnelles du travail prévalant dans les régimes de sécurité sociale qui ne reconnaissent pas à sa juste valeur le travail de soins non rémunéré des femmes.  Fait important, le Comité a aussi appliqué cette analyse aux régimes de pension de vieillesse non contributive, signalant que ces systèmes devraient « tenir compte du fait que les femmes ont une plus grande probabilité de vivre dans la pauvreté que les hommes, qu'elles sont souvent les seules responsables du soin des enfants et que, le plus souvent, elles n'ont pas de pension contributive ».

Un merci particulier au membre du Réseau DESC : Programme sur les droits humains et l’économie mondiale (PHRGE) de la Northeastern University.

Dernière mise à jour : 28 août 2018

Groupes impliqués dans l'affaire

Mme Trujillo était représentée par le Bureau du défenseur public (Defensoría del Pueblo) de l’Équateur, notamment par sa direction des droits relatifs au bien-vivre (Derechos del Buen Vivir). Les membres du Réseau DESC suivants ont présenté conjointement une intervention de tiers, sous la coordination du Réseau DESC : Amnesty International, Asociación Civil por la Igualdad y la Justicia (ACIJ), Center for Economic and Social Rights (CESR), Economic and Social Rights Centre – Hakijamii, Foro Ciudadano de Participación por la Justicia y los Derechos Humanos (FOCO), Global Initiative for Economic, Social and Cultural Rights (GI-ESCR), International Women's Rights Action Watch Asia Pacific (IWRAW AP), Legal Resources Centre (LRC), Social Rights Advocacy Centre (SRAC) et les membres individuelles Lilian Chenwi (professeure à la Faculté de droit de l’Université du Witwatersrand) et Viviana Osorio Pérez.