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Mercredi, Juillet 24, 2019
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Nature de l'affaire

En 2015 Budha Ismail Jam et d’autres agriculteurs et des communautés de pêcheurs entourant la centrale à charbon polluante Tata Mundra Ultra Mega du Gujarat, en Inde, ont engagé des poursuites contre la Société financière internationale (SFI) pour son rôle dans le financement de construction de la centrale par la société privée Costal Gujarat Power Limited. Les plaignants ont demandé des dommages-intérêts et des mesures injonctives pour négligence, nuisance, violation de propriété et rupture de contrat, alléguant que la construction et l’exploitation de la centrale avaient fait du tort aux terres agricoles, à l’air, à l’eau et à la vie marine. Un audit interne de la SFI a révélé que l’entreprise n’avait respecté le plan environnemental et social exigé dans les conditions du prêt afin de protéger les zones entourant la centrale. L’audit a également révélé que la SFI n’avait pas bien supervisé le projet.  

La question portée devant la Cour suprême des États-Unis était de déterminer si la SFI bénéficiait d’une immunité de juridiction absolue. La Cour a interprété la loi états-unienne comme accordant aux organisations internationales désignées l’immunité plus restreinte dont jouissent actuellement les gouvernements étrangers, et non l’immunité presque absolue accordée à l’origine en 1945. Depuis 1952, les gouvernements étrangers ont généralement pu être poursuivis aux États-Unis pour certaines activités commerciales, même s’ils continuent habituellement de jouir d’une immunité absolue dans d’autres domaines.

Application de la décision et résultats

L’affaire a été renvoyée au Tribunal d’instance pour régler la question de la nature commerciale du prêt de la SFI et celle de savoir si les activités sont suffisamment liées aux États-Unis pour que la SFI soit tenue responsable.

Importance de l'affaire

Cette affaire permet que les institutions financières internationales puissent être tenues responsables des préjudices causés par les projets qu’elles financent, puisque la décision réduit le niveau d’immunité des institutions financières internationales en droit interne. Déterminer si les activités d’une organisation dans un cas donné sont commerciales et ont un lien suffisant avec les États-Unis pour donner lieu à une éventuelle responsabilité fera probablement l’objet de litiges factuels qui pourraient être difficiles à prévoir. Par conséquent, cette réduction du niveau d’immunité peut favoriser une meilleure supervision des institutions de prêt internationales ou les dissuader de financer des projets à hauts risques sur le plan environnemental, social ou des droits humains.  

Cette décision pourrait également avoir une incidence immédiate dans d’autres affaires connexes. La même organisation qui représente les plaignants dans l’affaire Jam, l’organisation juridique et environnementale sans but lucratif EarthRights International, a depuis repris la conduite d’un litige contre une plantation de palmiers à huile au Honduras, qui avait aussi reçu un prêt de la SFI. Les forces de sécurité privées de la plantation auraient attaqué et tué des membres de la communauté, faits qui, à l’instar des activités d’audit dans l’affaire Jam, ont été documentés dans des rapports internes de la SFI. Désormais, la SFI pourrait être plus encline à régler les différends en raison de son immunité limitée, surtout si la procédure en première instance dans l’affaire Jam entraîne des dommages-intérêts en faveur des plaignants.

Pour leurs contributions, un remerciement particulier au membre du Réseau DESC : le Programme sur les droits humains et l’économie mondiale (PHRGE) de la Northeastern University.

Groupes impliqués dans l'affaire