Application de la décision et résultats
La décision Auto 266 est un suivi de cette décision. Elle a constaté un niveau de conformité faible. La Cour a conclu qu’il existait des situations graves de discrimination, de stigmatisation et de marginalisation dans les espaces urbains, ainsi qu’une érosion accélérée de la vie culturelle sur leurs territoires. En milieu urbain, ces situations comprennent l’extrême pauvreté, la marginalisation et l’insécurité alimentaire, l’impossibilité d’accéder à l’eau potable et à l’hygiène de base. En outre, le rapport de suivi relève que les peuples autochtones en milieu urbain ne sont pas en mesure de pratiquer les normes culturelles essentielles à la poursuite de leur existence parce que leurs efforts se concentrent sur la survie dans ces situations de vie extrêmement précaires liées au déplacement.
La discrimination structurelle continue également de sévir, les personnes autochtones et afrocolombiennes étant reléguées dans des logements insalubres, notamment dans des théâtres de plein air, des écoles, des stades, des hôpitaux abandonnés et des zones économiquement défavorisées à la périphérie des villes. Ces structures d’hébergement insalubres, décrépites et délabrées, exacerbent les tensions au sein des communautés et entraînent notamment une augmentation des cas de violence intrafamiliale, un manque de respect à l’égard des aîné·es et les personnalités d’autorité traditionnelles, ainsi qu’une rupture entre les jeunes générations et leurs origines culturelles et ethniques.
Cette situation s’étend également aux personnes autochtones qui sont restées sur leurs territoires, en raison de la détérioration continue de leurs terres par des acteurs armés et des acteurs illégaux ayant des intérêts économiques. Les pratiques de recrutement forcé dans des groupes armés et de travail forcé pour la production de cocaïne et d’autres stupéfiants sont généralisées.
Pour les personnes qui ont quitté les territoires puis sont revenues, fuyant des situations d’extrême pauvreté et de précarité en milieu urbain, le retour est rendu plus compliqué par le manque de connaissances sur la manière d’exploiter leurs terres à leur retour, et par le manque d’intérêt et d’investissement des jeunes générations pour renouer avec leurs terres ancestrales.
Par ailleurs, la Cour a constaté un manque généralisé de fonds alloués pour traiter ce problème, ainsi qu’un manque systémique de coordination dans la mise en œuvre des programmes, nécessitant un contrôle judiciaire supplémentaire de la situation critique des peuples autochtones déplacés à l’intérieur du pays.
La décision Auto 173 de 2012(link is external) réalise un examen spécifique de la situation des peuples autochtones Jiw o Guayabero et Nukak des régions de Meta et Guaviare. La décision Auto 382 de 2010(link is external) porte sur la situation des peuples autochtones de Hitnú o Macaguán dans la région d’Arauca.