Importance de l'affaire
Depuis 2014, l’Inde a connu des tentatives répétées d’affaiblissement des lois concernant l’environnement ou la conservation, où des organes du pouvoir exécutif prennent des décisions hâtives, irréfléchies et irraisonnées pour effectuer une dérèglementation. Cela passe par l’adoption de modifications aux principales lois indiennes de protection de l’environnement, la création d’exceptions légales au champ d’application de ces lois ou l’insistance sur la compensation des violations environnementales plutôt que la prévention des préjudices au départ.
Cette décision de la Cour suprême indienne découle d’une longue série de litiges climatiques récents combattant ces manquements à l’obligation positive qu’a l’État de protéger l’environnement. Le juge Sundresh a signé plusieurs de ces décisions, faisant preuve d’un dévouement constant et fervent pour la protection de l’environnement et présentant un éventail exceptionnellement large d’arguments dans ses décisions. La jurisprudence environnementale de l’Inde relie le besoin d’atténuer les changements climatiques au « droit à la vie » protégé par la Constitution indienne. Le juge Sundresh reproche directement et sans détour à la Haute Cour du Telangana et à d’autres autorités exécutives d’avoir délibérément fait fi de leur obligation de protéger ce droit à la vie. Il dénonce le recours à des décrets-lois qui modifient arbitrairement les politiques concernant les ressources naturelles et visent à frustrer et retarder l’introduction d’une législation intégrale en matière de protection environnementale. La décision touche aussi au cœur même des pratiques d’empiètement qui font maintenant l’objet d’une enquête ministérielle.
Concernant plus particulièrement la présente affaire, la zone forestière de Kompally a été sauvée grâce aux critères stricts que doivent respecter les tribunaux dans l’exercice de leur compétence d’examen. Toute annulation au titre de cette compétence exige la preuve d’une « qualité irréprochable » — l’enquête irrégulière (et prétendument frauduleuse) dont il est question ici n’était, en fait, pas irréprochable. Ce critère strict d’établissement de la preuve indique que, pour les futurs litiges d’intérêt public en Inde, il faudra mettre l’accent sur l’établissement de solides conclusions de fait dans les juridictions inférieures.
Nous remercions particulièrement de ses contributions le membre du Réseau DESC : Program on Human Rights and the Global Economy at Northeastern University (PHRGE).