Application de la décision et résultats
Au fil des ans, des ONG nationales et internationales ont lancé diverses initiatives pour en promouvoir la mise en œuvre, notamment la communication d’informations au Comité des ministres du Conseil de l’Europe (organe chargé de superviser l’exécution par les États membres des décision de la Cour EDH), des actions de plaidoyer auprès d'organes de suivi des traités des Nations Unies, des publications et des événements d'envergure nationale. Ces efforts ont permis de maintenir cette question au premier rang des préoccupations mais se sont déroulés sans le leadership et sans grande participation des Roms, dont plusieurs n'étaient même pas au courant de la décision ni des efforts de mise en œuvre. Dans les faits, presque rien n’a changé pour les enfants roms.
En 2013, il est devenu évident que la question ne se règlerait pas si les premiers concernés – les familles roms – n’étaient pas au premier rang des efforts déployés pour faire bouger les choses. Les Open Society Foundations (OSF) ont lancé un projet dans la ville de résidence des requérants pour aider les parents roms qui souhaitent s’organiser pour combattre toutes les formes de discrimination ethnique dans l'enseignement. Des parents se sont réunis pour cibler stratégiquement la discrimination pendant le processus d'inscription et la première année du primaire, car un nombre disproportionné d'enfants roms étaient encore à ce stade placés dans des écoles pratiques ou de faible qualité, majoritairement roms. Depuis le lancement de la première campagne d’inscription en 2014, des intervenant-e-s communautaires (avec le soutien et l’encadrement du Bureau de l'initiative pour la justice et des initiatives pour les Roms des OSF) ont aidé des familles roms à inscrire près de 200 enfants dans des établissements d’enseignement régulier de bonne qualité, détournant en même temps des ressources financières qui auraient été affectées à des écoles offrant de piètres résultats scolaires. La campagne consiste en un processus d’inscription organisé, soutenu par la menace de poursuites, visant à renforcer la position des parents par rapport aux écoles et aux municipalités. Les parents se préparent à l'aide d’une formation en organisation communautaire, une formation juridique au sujet de leurs droits et de tactiques leur permettant de résister aux pressions exercées par les professeurs pour qu'ils inscrivent leurs enfants dans des écoles de niveau inférieur. Des moniteurs/trices (généralement les parents roms eux-mêmes) recueillent des données pendant le processus d’inscription afin d’étayer d’éventuelles poursuites. En septembre 2016, le programme d’éducation spéciale a été officiellement aboli. En mars 2017, une affaire de discrimination a été gagnée à la cour régionale.
Cependant, étant donné les enfants roms continuent d'être placés dans des écoles de niveau inférieur, il demeure essentiel de poursuivre les efforts de plaidoyer et d'organisation. Le groupe de parents mène un plaidoyer juridique auprès de la Commission européenne en lien avec les procédures d'infraction contre la République tchèque concernant la persistance de la discrimination dans l’enseignement. Ils sont en voie d’enregistrer Awen Amenca, qui deviendra la première association de parents roms en Europe, et prévoient étendre leurs activités en aidant des parents roms d’autres régions de la République tchèque à promouvoir l’éducation inclusive pour tous les enfants.