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Nature de l'affaire

Il s’agit d’une affaire sans précédent qui conteste le refus de permettre aux personnes handicapées de bénéficier de l’aide sociale et du soutien nécessaire pour vivre dignement dans la communauté en tant que violation de la législation en matière de droits humains. Après avoir obtenu une décision de la Cour d’appel de la Nouvelle-Écosse concluant à une présomption de discrimination systémique, les requérant-e-s ont négocié des mesures de redressement systémique complètes et exécutoires qui garantissent des changements importants dans les programmes, l’affectation des ressources nécessaires, une participation significative et des résultats clairement définis assortis d’un échéancier précis de façon à assurer une pleine conformité dans un délai de cinq ans.

En compagnie de trois requérantes individuelles, la Disability Rights Coalition a déposé une plainte auprès de la Commission d’enquête sur les droits de la personne de la Nouvelle-Écosse alléguant que la non-prestation par la province d’une aide sociale et d’un soutien adéquats et opportuns permettant aux personnes handicapées de vivre en communauté a entraîné un placement en établissement et des retards inutiles, ce qui constitue une discrimination systémique fondée sur un handicap. En octobre 2021, la Cour d’appel de la Nouvelle-Écosse a déterminé qu’une présomption de discrimination systémique avait été établie et la province a consenti à négocier des mesures de redressement systémique. Deux experts extérieurs indépendants ont été engagés pour dialoguer avec le groupe de requérantes, ainsi qu’avec le gouvernement en vue de présenter un rapport et des recommandations concernant les changements à apporter au système d’aide sociale aux personnes handicapées pour mettre fin au traitement discriminatoire. À la suite de longues négociations entre les parties, un règlement négocié, sous la forme d’ordonnance par consentement provisoire, a été présenté à la Commission d’enquête pour approbation. L’ordonnance par consentement provisoire définit un processus de suivi des progrès accomplis par la province vers l’atteinte des résultats escomptés dans les délais prescrits sur une période de cinq ans, assure la participation significative des titulaires de droits, prévoit une mise en œuvre locale, ainsi que des modifications des politiques et des ajustements continus en fonction des nouvelles circonstances. L’une ou l’autre des parties peut, en tout temps, retourner devant la Commission d’enquête en cas d’insatisfaction concernant l’application des conditions de l’ordonnance par consentement provisoire. Il est convenu qu’au terme de cinq ans, la province doit démontrer qu’elle a atteint les résultats finaux en ce qui concerne la prestation d’une aide sociale qui réponde pleinement aux différents besoins des personnes handicapées, leur permettant de vivre en communauté, met fin aux temps d’attente et respecte ses obligations législatives et relatives aux droits humains. La décision constitue un précédent important pour la dénonciation de violations de l’article 19 de la CDPH au titre de la législation antidiscriminatoire et représente une avancée majeure dans la conception de mesures négociées de redressement structurel systémique après que les tribunaux ont précisé la nature des obligations des gouvernements.

Application de la décision et résultats

L’ordonnance par consentement provisoire exige que la Commission d’enquête continue à avoir compétence sur le plan de réparation jusqu’à ce qu’il soit établi de façon claire et déterminante que la discrimination systémique a complètement pris fin. L’accord provisoire lui-même donne à la Province un délai de cinq ans pour réaliser les résultats prédéterminés, la date de fin étant fixée au 31 mars 2028, sous la supervision de toutes les parties concernées, ainsi que d’un observateur expert indépendant qui présentera des rapports annuels sur le respect par la Province de ses obligations en matière de réparations. L’ordonnance par consentement provisoire prévoit la mise en œuvre du plan quinquennal avec coordination au niveau local et des exigences applicables précises visant à éliminer les listes d’attente pour les personnes handicapées et faire en sorte que les modifications apportées au système répondent pleinement aux différents besoins des personnes handicapées et assurent un véritable accès à l’aide sociale.

Importance de l'affaire

L’une des conclusions les plus importantes de la Cour d’appel est celle selon laquelle favoriser le placement de personnes handicapées en établissement de soins collectifs est discriminatoire en soi. La Cour a également conclu que d’inscrire les personnes handicapées sur des listes d’attente indéfinies et de leur offrir un soutien dans des lieux éloignés de leur famille et de leurs amis et aussi discriminatoire. Finalement, la Cour a statué que le fait que la Province n’offre pas de plein droit un soutien aux personnes handicapées était également discriminatoire.

Un autre résultat important de cette affaire, et de l’ordonnance par consentement provisoire en particulier, c’est qu’elle précise que les engagements du gouvernement envers les personnes handicapées devraient être juridiquement contraignants. L’ensemble des rapports, des données et autres documents liés à la mise en œuvre et au suivi des conditions contenues dans l’accord provisoire seront accessibles au public en ligne sur un site Web dédié de la Commission des droits de la personne dès qu’ils seront mis à disposition des parties. L’affaire représente une victoire tant pour les plaignantes individuelles — traitées de manière indigne ou irrespectueuse par la Province — et pour toutes les personnes handicapées qui veulent simplement vivre dignement dans la communauté. La conclusion de discrimination systémique de la Cour d’appel de la Nouvelle-Écosse était unique dans le contexte canadien, où le gouvernement a ratifié le Protocole facultatif se rapportant à la Convention relative aux droits des personnes handicapées, mais où son application par le gouvernement est souvent insuffisante.

L’ordonnance par consentement provisoire à caractère contraignant pourrait servir de modèle pour les personnes et les groupes de plaidoyer tant canadiens qu’internationaux qui luttent pour obtenir des mesures efficaces de redressement systémique pour les violations commises contre les personnes handicapées et autres groupes privés de l’égale jouissance des droits ESC. Pour la province, elle impose au gouvernement l’obligation juridique immédiate d’évaluer et de remanier considérablement des pratiques et politiques datant de plusieurs années et jugées défavorables à un grand nombre de personnes handicapées, en fonction d’échéanciers exécutoires et des résultats exigés.

Le Rapport technique produit par deux experts indépendants à l’intention de la Disability Rights Coalition et de la Province de la Nouvelle-Écosse présente une vue d’ensemble solide et détaillée de l’état de la discrimination en Nouvelle-Écosse, ainsi que des recommandations concernant les modifications que la Province devrait apporter au soutien qu’elle offre aux personnes handicapées. Ce rapport, en complément du travail de plaidoyer réalisé par la DRC et ses organisations partenaires, constitue une feuille de route pour les défenseur-e-s au Canada et ailleurs.

Nous remercions particulièrement de ses contributions le membre du Réseau DESC : Program on Human Rights and the Global Economy at Northeastern University (PHRGE).

Groupes impliqués dans l'affaire

  • Disability Rights Coalition (requérants)
  • Inclusion Canada, Conseil des Canadiens avec déficiences et Personnes d’abord du Canada (intervenants)